La longue Dame brune et le grand Jacques invités de la Fête du Livre rue Davy 2024

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Le 14 septembre, la rue Davy, rendue à ses piétons, a connue l’effervescence traditionnelle des Fêtes du Livre. Bruno Godard, à l’origine de cette journée, a bien voulu nous en faire un compte-rendu. 

 

Notre fête du Livre en 2024, en fait fut la dernière… Elle fut la dernière pour laquelle il fallut évincer et exclure, expulser, éconduire – bref disons-le virer – pour quelques courtes heures ces drôles de sangsues à quatre et à deux roues qui, jour et nuit, caressent le nez gris du trottoir et encombrent sans gêne le lit du caniveau, côté numéros pairs.

Ce limogeage abrupt, toutefois nécessaire, toutefois temporaire, fut, pendant des années et jusqu’à maintenant, manutentionné exclusivement grâce… à l’énergie dévouée et à la sueur profuse de la petite équipe de notre Association.

Et voilà qu’en octobre dernier, d’énormes pelleteuses et des marteaux piqueurs éventrent sans pitié l’asphalte, le bitume de Sir John McAdam, remplacent le trottoir par un trottoir plus large que la gomme des pneus, noirâtre, triste et sale, ne pourra plus frôler.

Nous pourrions tout d’abord avoir cette impression que les marteaux-piqueurs, aux dures pointerolles, et que les pelleteuses aux dents bien acérées, broient, cassent et détruisent, et que finalement c’est notre rue Davy qu’ils vont assassiner.

Mais non, bien au contraire, ils lui redonnent vie, la couvrent de parure, comme l’on farde un front, plissé par les années et pomponne un visage qui n’est que trop ridé, comme l’on greffe un cœur plus jeune et plus robuste à une vieille dame pour la rendre immortelle.  Oui, notre rue Davy est une vieille dame et ce tout nouveau cœur va battre à l’unisson du cœur des riverains.

Poum-tac, poum-tac…poum-tac, poum-tac.

 

Un pas de deux agile et enivrant

Notre fête du Livre, avec tous ses acteurs, les organisateurs, les exposants fidèles, les chalands, les flâneurs, amoureux de la rue, effectuent tous les ans un petit pas de deux, agile et enivrant au bras de cette aïeule, aux reins las et fourbus. Par une connivence, riche et sans pareille, cette danse désuète, ce petit tour de piste une journée par an, lui font à chaque fois monter le rouge aux joues et les larmes aux yeux, et ont permis qu’enfin, il lui soit implanté ce palpitant tout neuf.

Aujourd’hui, on lui ouvre évidemment le ventre mais ne nous troublons guère, c’est pour quelques semaines. Alors profitons-en pour nous pencher un peu et poser notre oreille sur la chaussée à nu comme les Sioux malins des anciens westerns : on pourra y entendre murmurer les ballades de maintes poétesses et de nombreux poètes qui furent à l’honneur en cette rue Davy et, l’ouïe fine aux aguets, sourdre la poésie du temps qui ne meurt pas.

Dans quelques décennies, peut-être moins encore, les trottoirs, à leur tour, ne seront plus de mise, la chaussée libérée soudain s’élargira… la rue Davy sera, juste retour des choses, rendue et à jamais, au piéton de Paris.

En cette année 2024, vinrent dans notre rue la longue Dame brune et aussi le grand Jacques, à savoir Barbara et bien sûr Jacques Brel. Tous deux dans ce quartier vécurent quelque temps. Avaient-ils arpenté un jour de flânerie la pente douce et noble de notre rue Davy ? Probablement jamais, mais qu’importe aujourd’hui, ce 14 septembre, leurs textes poétiques et puis leurs mélodies, dans la rue fourmillante aux fenêtres ouvertes, montèrent au ciel bleu, retombant en bouquets avec d’autres musiques, sur un douillet tapis de livres bien rangés.

C’est certain : l’an prochain, sa chaussée rajeunie, ses trottoirs élargis, notre Rue bichera. Alors, tout ébahis, vous entendrez pousser, ce beau jour de septembre, au cœur de ces jonchées de milliers de bouquins, quelques alexandrins aux hémistiches fiers, quelques sonnets graciles aux rimes embrassées, de légers airs de flûte monter en arabesques et des accords de jazz élégamment plaqués sur des guitares rythmiques.

Et puis le nez au vent et le sourire aux lèvres, au beau milieu des livres vous tournerez encore une nouvelle fois cette valse à mille temps au bras de notre Rue, de notre RUE DAVY.

Bruno Godard

Animateur de l’association Du côté de la rue Davy

Date de publication : 
17 décembre 2025